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Colloque

La transmission en questions

מכון אינטר-דיסציפלינרי שיבולת , נוכחותו של פרויד
Association Inter-Universitaire Inter-disciplinaire
Schibboleth - Actualité de Freud

&

Tel Aviv University

Colloque International
La transmission en questions
En hommage à l’oeuvre et à la pensée de deux grands penseurs juifs français et israéliens : Michaël Bar Zvi et Raphaël Draï

Université de Tel Aviv
5-6-7 Mai 2019

Sous la direction de Michel Gad Wolkowicz et de Nadine Kuperty-Tsur

Comité d’organisation : Nadine Kuperty-Tsur, Michel Gad Wolkowicz, Sam Tyano, Colette Leinman, Jean-Louis Repelski, Thibault Moreau,

Comité scientifique : Michel Gad Wolkowicz, Sam Tyano, Nadine Kuperty-Tsur, Michel Granek, Ilan Treves, Viviane Chetrit-Vatine, Françoise Ouzan, Gisèle Vered, Jean-Jacques Moscovitz, Jean-Pierre Winter, Philippe Val, Monette Vacquin, Jocelyn Hattab, Simon Epstein, Patrick Bantman, Marc Co-hen, Anat Zanger, Ofer Lellouche, Richard Rossin, David Mendelson, Claude Birman, Michel Gurfin-kiel, Michaël Prazan, Pascal Bruckner, Éric Marty,

Programme prévisionnel, intervenants pressentis ou sous-réserve

5 Mai, 17h-20h
Conférences d’ouverture :
Nadine Kuperty-Tsur, Michel Gad Wolkowicz, Michaël Worbs, Sam Tyano,
Conférences introductives : Pascal Bruckner, Éric Marty, Philippe Val,
Film d’Élisabeth Lenchener : « Michaël Bar Zvi »
Document : conférence de Raphaël Draï « Sur une proposition inattendue de Charles Baudelaire rela-tive à ‘l’extermination de la race juive » - Contribution à la notion de « transfert héréditaire anti-juif héréditaire. » tenu au Colloque de Schibboleth-Actualité de Freud à l’Université de Tel Aviv, Présen-ce de la Shoah et d’Israël dans la pensée contemporaine.

6 Mai, 9h-13h,
Construction de l’enfant, de l’adolescent, attachement, symbolisation, identification, relation d’objet, individuation, subjectivation : Président : Sam Tyano ;
intervenants & discutants : Bernard Golse, Miri Keren, Jocelyn Hattab, Didier Lippe, …
Psychopathologie. Le sujet face au réel, et dans la transmission / La transmission dans la psy-chanalyse, et la responsabilité généalogique de l’analyste - « Psychanalyse avec fin, psychanalyse sans fin » ? Président : Bernard Golse ; intervenants & discutants :
Michel Granek, Jean-Pierre Winter, Daniel Sibony, Viviane Chetrit-Vatine, Ilan Trèves,
14h30-18h30
Transmission, tradition / « Judaïsme terminable, judaïsme interminable » ? - « Et tu choisiras la vie » : Président : Simon Epstein ; intervenants & discutants :
Marc-Alain Ouaknin, Cyril Aslanov, Claude Birman, Michel Gurfinkiel, Armand Abécassis, Yaël Hirsch,
La sortie d’Égypte, paradigme de la liberté responsable et de la transmission ; Du sujet collectif au peuple, sujet politique ? Président : Marc-Alain Ouaknin ; intervenants & discutants : Daniel Eps-tein, Shmuel Trigano, Franklin Rausky, Georges-Elia Sarfati, Francine Kaufmann, Thibault Moreau, Olivier Véron

7 Mai, 9h-13h
Nouvelles parentalités, idéologie du neutre et théorie du genre, transhumanisme et transmission. Président : Éric Marty ; intervenants & discutants :
Monette Vacquin, Danièle Brun, Simone Wiener, Jean-Jacques Moscovitz, Ann-Belinda Preis ;
Traumatisme et transmission transgénérationnelle vs L’amour de l’humour.
Présidente : Évelyne Chauvet ; intervenants & discutants :
Patrick Bantman, Serge Hefez, Israël B. Feldman, Marc Cohen, Muriel katz, …
14h30-18h30
Le sionisme paradigme d’une éthique politique de la transmission, et transmission de la haine / haine de la transmission. Président, Pascal Bruckner ; intervenants & discutants :
Simon Epstein, Frédéric Encel, Miriam Rosman, Paul Zawadzki, Jacques Tarnero, Richard Rossin,
La transmission dans la langue : mémoire, histoire, littérature, art et cinéma.
Président(e)s : Nadine Kuperty-Tsur & Cyril Aslanov ; intervenants & discutants :
Eliette Abecassis, Georges Bensoussan, Denis Charbit, Isabelle Cohen, Yehuda Moraly, Françoise Ouzan, Anat Zanger, Michal Govrin, Michèle Tauber, Jers Boël,
18h30 - Propos conclusifs : Nadine Kuperty-Tsur , Michel Gad Wolkowicz.
Dîner
21h : Film : « La passeuse des Aubrais », de Michaël Prazan, projection-débat
Présidents : Philippe Val & Michel Gad Wolkowicz.

Argument
La transmission est au coeur de tous les discours, il y est question de mémoire, d’histoire, de valeurs, de savoirs, le plus souvent utilisé en slogan -fétiche ou -relique, une affirmation ayant alors sens de dénégation. Pour autant, elle est au centre d’une clinique du contemporain, se manifestant en symp-tômes que nous nous proposons de décrypter et d’analyser, en croisant les regards et les réflexions issus des différentes disciplines et de diverses filiations et généalogies de pensées. Tel le registre du Symbolique, la transmission, qui est d’abord un processus, psychique, une décision, une éthique politique et culturelle, avant de représenter des contenus, est essentiellement abordable en néga-tif, au travers ses échecs, ses avatars, ses formations pathologiques, individuelles et collectives. Problématiques anorexiques, addictives, états paranoïaques apathiquement pervers marqués par le déni, le clivage, la projection, idéologies totalitaires et génocidaires intriquant délires de foule de filia-tion et d’auto-engendrement, fantasmes d’immortalité, reproduction du même, de l’identique, univer-salisme du générique, du quelconque, du « on », de l’indifférencié, rejet de l’altérité, paranoïa de mas-se compacte, anti-judaïsme et antisionisme dont la transmission de la haine manifeste et agit la hai-ne de la transmission en tant que la transmission est ce qui nous échappe, ce qui en est en même temps la condition. Il s’agirait alors d’interroger la transmission, en creux, la langue sous la langue, dans l’entre-deux, des sexes, des générations, comme processus infini engageant symbolisation, mé-taphorisation, conflictalisation des identifications et des idéaux, individuation, subjectivation, qui ou-vre à la circulation des signifiants et des représentations, à l’inconnu, au champ du fantasme et du transfert, à l’indéfini de la pensée.
La sortie d’Egypte est le récit fondateur de l’invention de la liberté (R.Draï), du passage jusqu’à l’Alliance, la Parole en dix Paroles du Sinaï engageant l’éthique de responsabilité, de l’élection, de l’exigence l’élévation intellectuelle, au détriment de la domination de la sensorialité et de la perception immédiate, et de la transmission : une liberté responsable. Mais sommes-nous, et nous tous, sortis d’Egypte ? Quel serait le sens de cette décision prise et mise en oeuvre suite à la menace de meurtre de la part du Pharaon sur les Bn’ai (enfants) d’Israël ? Et en quoi consiste cette sortie ? Ce passage ? Le poros ? Comment penser alors transmission en tant que transmission de la transmission, tradition, et création ?
Groucho Marx demandait "Pourquoi ferait-il quelque chose pour les générations suivantes, car qu’ont-elles fait pour lui ?", disant sous la forme de l’humour la responsabilité réciproque, l’ambivalence et le libre-arbitre, participant du processus de la transmission.
Comment se construit un sujet, un peuple, "la psychologie individuelle étant d’abord une psycholo-gie sociale", selon Freud qui avançait qu’"on peut analyser un peuple comme on analyse un indivi-du » ? De l’enfant, l’adolescent, au sujet collectif, politique, assumant un travail de culture intriqué à une éthique de vérité, historique, scientifique et psychique, de progrès de l’esprit, et aux avatars de la filiation. Et qu’en est il des transmissions brisées et / ou enkystées, de par les pathologies, les trauma-tismes trans-générationnels, les génocides et massacres de masse, les deuils impossibles ? Comment remonter, décrypter, analyser les généalogies des cultures qui se crispent, se figent dans le cours de leur histoire dans l’envie, le mimétisme, la projection, la haine mortifère associée à une identité morti-fiée et honteuse, investissant alors dans la destruction plutôt que dans le développement, la création et la transmission, passant par la structuration oedipienne, et l’assomption de la dette et de la castration ?
Nous constatons particulièrement aujourd’hui combien, lorsque les Institutions défaillent dans leur fonction de garantes du Symbolique, des référents anthropologiques civilisationnels, le Droit, l’Histoire, les Commandements, ainsi les interdits de l’inceste, du meurtre, du vol, du mensonge, la nomination de la réalité, elles alimentent et valident les délires collectifs, le négationnisme et le révi-sionnisme, et ainsi la violence et les passages à l’acte. Certaines problématiques s’avèrent particulière-ment symptomatiques de troubles des processus d’identification, de filiation et de transmission. L’inté-grisme idéologique ou religieux, les utopies entretenant la jouissance du sans-limites, l’appui tant sur un subjectivisme absolu que sur une rationalité instrumentale tout aussi absolue, sur une weltan-schauung par trop totalisante, globalisante et synthétisante, dans un dogmatisme et la désubstanciali-sation du Réel, participent d’une psychologie de masse compacte, à l’encontre d’un travail de culture, la kulturarbeit cher à Freud, d’un universel du singulier intriqué à un processus de subjecti-vation et d’une responsabilité de pensée et d’action, singulière et collective, du " Et tu choisiras la vie", de l’humour en tant que paradigme de la pensée et de la disposition interne de Mensch.
L’antisémitisme est une paranoïa apathiquement perverse, un délire grégaire, une psychose de foule, sans vérité ni langage, requérant un amour radical des certitudes et l’ assurance d’une représen-tation de complétude narcissique, à quoi la transmission tordue, d’angoisse ou de rire, dont le Judaïsme renvoie une image en miroir, est insupportable en tant qu’elle engage l’assomption de la différencia-tion, et ainsi de l’incomplétude, du manque, aux sources d’un travail de symbolisation et de sublima-tion, et la responsabilité à combattre le destin, y compris celui q’on s’était fait.
Qu’en est-il de l’articulation de l’inconscient avec le langage, le désir et la Loi ? Qu’en serait-il d’un Totem sans tabous, une culture du narcissisme et du fantasme d’omnipotence, qui marquerait le déclin de l’Oedipe et de la conflictualisation psychique qu’il structure et qui est au fondement de la pensée ? Que produirait aujourd’hui la théorie du neutre et l’idéologie du genre annihilant à la fois l’invention du Père et la figure du féminin, dans la continuité du déconstructivisme, du relativisme culturel, de l’universalisme en vogue, précisément au nom d’un droit à la différence, à l’égalitarisme ?
La psychopathologie, une clinique du contemporain et de ses symptômes, l’héritage de Raphaël Draï et celui de Michaël Bar Zvi, deux des grands penseurs juifs contemporains, à la fois français et israéliens, nos amis chers récemment disparus mais qui continueront à nous accompagner de près dans la réflexion des problématiques fondamentales comme cela a été le cas des dizaines d’années, deux « grands-hommes », des Mann, à qui nous rendons hommage, dont l’existant-Mensch, la pensée et l’oeuvre, étayent singulièrement à partir de cette thématique de la transmission, notre démarche, des ouvrages comme L’Homme Moïse et la religion monothéiste de Freud, des oeuvres, Aharon Ap-pelfeld, Celan, Romain Gary, Perec, Modiano, Schwartzbart, Marquez, Roth, Potok, Bellow, Wiesel, Husserl, Spinoza, à contrario de Sade, Genet, Céline, Baudelaire, des travaux, ainsi sur l’institutionnel (Goffmann), l’analyse du politique, pourraient nous guider…
"Ce dont tu hérites de tes pères, acquiers-le pour mieux te l’approprier. Ce qui sera laisse de côté sera d’un poids lourd", écrit Freud dans le Moïse, reprenant de Goethe.

Cette thématique convoquera, ainsi la démarche de Schibboleth-Actualité de Freud, les divers champs disciplinaires, la psychanalyse et la psychopathologie, le droit, l’histoire et les sciences-géo politiques, l’analyse des discours, des images, des cultures, des idéologies et des médias, la pensée juive et les religions, l’anthropologie et les sciences humaines, sociales et du vivant, la littérature et les arts plastiques et cinématographiques…

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Quelques axes : - Le développement de l’enfant, de l’adolescent, les processus de symbolisation, de lien et d’individuation en relation avec le collectif. La construction d’un peuple et d’un sujet politique. De quoi exem-plairement le sionisme, qui est devenu la question centrale de la pensée politique contemporaine, sa pierre de touche ou d’achoppement, serait-il le nom ? Un des problèmes majeurs de la civilisation contemporaine réside dans sa difficulté à transmettre des valeurs, des connaissances et des règles de pensée aux générations suivantes. Le monde d’aujourd’hui dominé par l’éphémère, régenté par l’immédiat et soumis à la pression de l’instantané est-il capable de poser les jalons d’une temporalité dans laquelle nos descendants pourront inscrire leurs projets de vie ? La Shoah révèle l’abîme inconscient sur lequel la modernité européenne s’est construite.